Anaïs Héluin

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Le végétarisme : tendance occidentale ?


jeudi 28 mai 2015
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Longtemps entouré de préjugés négatifs, le végétarisme se démocratise en France. Structuré autour d'associations, de plus en plus porté par la presse et la recherche, ce régime alimentaire s'est en partie développé en réaction aux nombreux scandales alimentaires des dernières années. Un phénomène qui commence à peine à toucher l'Algérie, où l'élevage industriel est encore émergent.


« Treize raisons de lâcher le steak barbare » (Libération, 6 mars 2015), « Véganisme : touche pas à mes animaux ! » (Les Échos, 10 mars 2015), « Et s'il était temps de prendre au sérieux les défenseurs des animaux ? » (Slate, 1er mars 2015)... Avec la reconnaissance par le Parlement français des animaux comme « êtres vivants doués de sensibilité » dans un projet de loi amendant l'article 258 du code civil qui les décrivait comme des « biens meubles », la presse française a largement ouvert ses colonnes aux partisans du végétarisme. Porte-parole de l'association de défense des animaux L 214, Brigitte Gothière attribue cet intérêt médiatique à un phénomène plus large que la seule modification du texte législatif : « la modernisation de l'image des défenseurs des animaux et des végétariens ».



La France, mauvaise « végé » de l'Europe
Intimement liée au végétarisme, la cause animale a de la révolution industrielle jusqu'aux années 60 été essentiellement portée par des femmes de la haute bourgeoisie. Des études scientifiques dans les domaines de l'écologie, de l'éthique animale et de l'éthologie viennent ensuite donner à ce mouvement une légitimité. La France est toutefois loin d'être pionnière en la matière : « le carnisme - idéologie selon laquelle il est éthique de tuer certains animaux pour les manger - a d'abord été théorisé et critiqué dans les pays anglo-saxons, où le végétarisme est aussi bien plus développé qu'en France », affirme Brigitte Gothière. Un fait que confirme Massimo Nespolo, professeur à l'Université de Lorraine et délégué de l'Association Végétarienne de France (AVF). 

 « On parle en général de 2 à 4 % de végétariens en France, contre 5 à 10 en Allemagne et en Angleterre et plus de 10 en Inde et aux États-Unis. Ces statistiques sont très approximatives mais révèlent un incontestable retard français ». Massimo Nespolo est pourtant loin d'être pessimiste. Selon lui, l'opinion publique française est de plus en plus réceptive aux arguments des végétariens, à savoir la souffrance animale, l'impact environnemental de l'élevage, le gaspillage des ressources et la santé. « Les nombreux scandales alimentaires des dernières années - l'affaire Spanghero en 2013, le porc ''transformé'' en boeuf en 2011, la vache folle dans les années 90 - sont pour beaucoup dans la prise de conscience des consommateurs », ajoute le délégué de l'AVF. 

Pour toutes ces raisons, on voit se multiplier les restaurants et cours de cuisine végétariens et végans - branche du végétarisme qui exclut tout aliment issu de l'animal - ainsi que les publications consacrées à ce mode alimentaire comme le passionnant essai historique de Renan Larue, Le végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débats (PUF, 2015).


En Algérie, un végétarisme qui s'ignore
Hors d'Occident, le végétarisme fait aussi des émules. En Inde bien sûr, « mais aussi en Chine, en Turquie ou encore en Palestine », observe Brigitte Gothière en se référant aux pays participant à la Marche pour la Fermeture des Abattoirs. En juin 2015 comme chaque année, cette manifestation réunira des défenseurs de la cause animale dans de nombreuses villes à travers le monde. Mais pas en Algérie où d'après El-Eulmi Bendeif, lui aussi maître de conférences à l'Université de Lorraine et membre de l'AVF, « le terme de végétarisme est peu voire pas connu du tout ». « À ma connaissance, il n'existe aucune structure associative dédiée aux végétariens ni de restaurants spécialisés dans cette cuisine. Pourtant, nombreux sont les Algériens qui consomment peu de viande », poursuit-il.

Hors des grandes villes, surtout dans le Sud et dans les régions montagneuses, la consommation de viande reste encore assez rare : le couscous quotidien est fait de semoule et de légumes, et on se nourrit souvent de dates accompagnées de lait fermenté et de galettes. On ne peut toutefois parler de végétarisme ni même de « flexitarisme » - semi-végétarisme, qui désigne une alimentation quotidienne végétarienne avec quelques exceptions - dans le sens où ce régime peu carné n'est pas fondé sur des motifs éthiques. Comme El-Eulmi Bendeif, la plupart des Algériens qui revendiquent leur végétarisme ont adopté ce régime alimentaire en Occident.

Converti au végétarisme en France il y a une quinzaine d'années et militant pour la cause animale, Madjid Messaoudène témoigne de l'incompréhension de sa famille face à son rejet de la viande. « Pendant longtemps, la viande a été très chère en Algérie ; elle était un produit de luxe que peu de personnes pouvaient consommer régulièrement. Cela a changé avec le développement des élevages industriels et de l'importation, mais dans l'inconscient collectif, la viande a gardé une image de luxe ». Le militant évoque aussi un rapport algérien à l'animal très différent de celui des Français : « l'animal domestique n'existe quasiment pas en Algérie. Les animaux vivent donc à l'écart de l'homme, qui n'a pas pas l'habitude occidentale d'anthropomorphiser tout ce qui l'entoure ». Une influence occidentale et américaine, ainsi que l'industrialisation de l'élevage, pourraient cependant changer les choses.



Végétarien et musulman, c'est possible ?
« Le sacrifice animal de l'Aïd n'est pas obligatoire, il est seulement recommandé », affirme le spécialiste du droit musulman et auteur de Islam et interdits alimentaires (PUF, 2000) Mohamed Hocine Benkheira. Dès lors, on peut dire que si la tradition islamique n'est pas fondamentalement végétarienne, il est possible de concilier pratique de la religion musulmane et abstention de toute alimentation carnée.« Depuis les débuts de l'islam, il existe des témoignages de personnes refusant de manger de la viande. Parmi les compagnons du prophète, un homme était par exemple appelé ''celui qui refuse de manger de la viande''. Une minorité musulmane végétarienne s'est ensuite constituée, dérivée du manichéisme », explique le chercheur. Ce courant existe encore aujourd'hui, surtout dans les pays anglo-saxons.
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