Sungy : une entreprise solaire sur le terrain en Algérie


jeudi 06 avril 2017
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Alors que l'Algérie a lancé d'ambitieux appel d'offres, des petites entreprises innovantes sont déjà au travail. Une interview avec Myriam Fournier-Kacimi.


Il y a plus de trois ans, alors que l'Algérie commençait à peine à entamer son virage vers les renouvelables, Myriam Fournier-Kacimi s'est convaincue que l'avenir énergétique est dans le solaire. Venue de la finance internationale, ce qui lui a donné une expertise dans les investissements et la gestion de projets, elle a en revanche dû tout apprendre en matière de techniques, de matériels, de besoins des utilisateurs. Construisant patiemment sa stratégie, s'appuyant sur de grandes entreprises algériennes et internationales, elle a construit une petite société dynamique, Sungy qui atteint aujourd'hui sa maturité au moment où le solaire algérien paraît enfin s'épanouir. Elle répond ici aux questions de ParisAlger.

Quelle est, dans la chaîne de valeur du solaire, la place de Sungy ?

Sungy (une contraction de Sun Energy) est à la fois un bureau d'études spécialisé dans l'énergie solaire, photovoltaïque et thermique, et une entreprise qui développe des projets « clé en main », depuis la phase d'examen jusqu'à la mise en service et même le suivi. Cela dans les secteurs de l'agriculture, de l'industrie, du résidentiel et dans celui des collectivités locales.

La grande valeur de l'énergie solaire est d'être accessible partout, c'est-à-dire en dehors des réseaux (off-grid) ou avec eux (on-grid), et pour tous, avec des réalisations individuelles ou collectives. Notre ambition est d'être sur tous ces créneaux, en apportant aussi une expertise en ingénierie technico-financière.
Cette souplesse de l'électricité solaire fait que les projets sont très diversifiés. Depuis un an, nous en avons conduit une dizaine : certains sont opérationnels, d'autres ont abouti à des pilotes ou des modèles prêts à être commercialisés.

Pouvez-vous donner des exemples concrets de ces réalisations ?

Sungy a par exemple installé une centrale solaire de 27 kWc sur le toit d'un marché de gros près de Tipaza : 110 panneaux sur 200 m2, avec 24 batteries. Une première en Algérie car nous avons couplé cette centrale avec le réseau public de Sonelgaz et le groupe électrogène déjà en place. Nous avons conçu un pilotage automatique de ces trois apports, ce qui suppose une fort expertise dans la maîtrise du numérique. Mais cela permet à la fois de pallier aux coupures de courant, de baisser les factures et, à terme, de ne plus recourir au groupe électrogène.

Nous avons apporté l'électricité à un éleveur de bovins grâce à une petite centrale solaire qui, en liaison avec le réseau public, alimente ses machines à traire et ses cuves de refroidissement. Nous pouvons le faire aussi dans le secteur industriel, là aussi en complément des autres sources.

Sungy s'intéresse aussi à l'agriculture dans le désert. Après des études sur le terrain à Ghardaia et Adrar, nous avons élaboré un modèle sophistiqué mais facilement applicable, d'un pivot d'irrigation. Il s'agit d'un système d'arrosage circulaire, où des tuyaux reliés à une pompe couvrent en tournant une surface de 60 hectares en 24 heures, avec un débit de 65 litres d'eau par seconde. Panneaux et batteries fournissent l'électricité pour la pompe et pour les petits moteurs qui entrainent les roues.  

La question du pompage est importante. Soit on utilise une pompe solaire, qui fonctionne en courant continu, tel que fourni par les panneaux. Soit on introduit un alternateur qui permet d'alimenter une pompe déjà installée en courant alternatif. Beaucoup d'utilisateurs ont déjà une pompe au fuel et préfèrent la garder par précaution bien que la pompe solaire présente de nombreux avantages économiques. Donc nous proposons ce double choix.

Les projets algériens concernent, au-delà du solaire résidentiel ou agricole, des parcs de production de plus grande capacité. Serez-vous présente dans ce secteur ?

Sungy travaille déjà à des pilotes pour l'installation de micro-grids, de 2 ou 3 MW, voire plus, là où il n'y a aucun réseau, et où l'on peut approvisionner en électricité des habitations, des hôtels, des artisanats. Et nous avons étudié les conditions d'installation de plus grands parcs solaires, comme à Biskra. Il y a par exemple tout un travail d'évaluation des terrains : quelle est l'irradiation solaire diffuse, la distance au transformateur le plus proche, les conditions de vents et d'ensablement, la planéité du sol, etc... Autant de questions que posent les investisseurs quand ils décident des zones d'implantation les plus propices. Nous sommes contactés par certains développeurs et financiers internationaux pour les accompagner sur l'appel d'offres de 4GW que prépare l'Algérie.

Ressentez-vous un vrai démarrage dans le développement des énergies renouvelables en Algérie ? Quelles difficultés rencontrez-vous ?

L'Algérie va enfin prendre le virage de la transition énergétique. C'est un marché difficile pour diverses raisons. Dans l'énergie solaire, je n'en retiendrais qu'une, car elle éclipse toutes les autres. Le marché algérien est envahi par des produits de très mauvaise qualité, essentiellement chinois. D'autres pays ont connu ce problème par le passé. Le problème est que cela nous confronte à des utilisateurs qui nous apostrophent : « le solaire, cela ne marche pas ! ». On s'aperçoit alors que le matériel n'est pas aux normes, ou pas adapté au désert, ou monté de façon approximative voire dangereuse, etc.

En outre, ces produits bas de gamme ont habitué les utilisateurs à des prix extrêmement bas. Or cela ne correspond pas au positionnement de Sungy. Avec l'électricité, il faut viser la qualité : pas question d'avoir des risques d'électrocution, d'incendie. Pour avoir cette qualité, aux normes internationales, il faut accepter un investissement.

La rareté de produits satisfaisants s'explique du fait que les partenaires internationaux (européens, américains ou asiatiques, car il y en a bien sûr de grande qualité) ne prennent pas le risque de venir en Algérie. Ils connaissent les difficultés d'importations, la difficulté de constituer des stocks pourtant indispensables au déploiement d'une activité.

Mais on peut espérer que la dynamique actuelle -celle enclenchée par les pouvoirs publics et celle suscitée par l'intérêt des clients- va permettre de renverser la tendance. Il y a encore des faiblesses dans le réseau public et donc des opportunités fortes pour le solaire.

Quels marchés visez-vous ?

Nous nous concentrons aujourd'hui sur l'Algérie. Mais c'est vrai que tout ce que nous allons pouvoir mettre en place sera duplicable en Afrique. Nous avons d'ailleurs reçu déjà quelques demandes d'information. Nous y travaillons depuis Paris, mais l'Algérie est notre objectif premier.

Née à Alger mais partie très jeune en France, en Picardie, où son père avait créé une entreprise, Myriam Fournier-Kacimi a toujours baigné dans le milieu entrepreneurial. Après des études à l'école de commerce parisienne IPAG et un master en finance à la City University de New York, elle a travaillé comme cadre dans des entreprises financiers au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne. Elle a créé Sungy en 2014 en France et en 2015 en Algérie, sous droit algérien, en tant que SPA. 

Photo copyright Sungy.
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